De sel, d’écume et de vent : “Je me suis appuyé sur deux mythes”

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Notre nouvelle sortie roman ne va pas passer inaperçue. Nous en sommes persuadés. Avec De sel, d’écume et de vent, Christian Léourier nous livre une masterclasse, qui ne fera que renforcer son aura d’auteur majeur de nos littératures de l’imaginaire depuis déjà plusieurs décennies. Entretien !
  • De Sel, d’écume et de vent vient de sortir en librairie. Peux-tu nous dire la place qu’occupe ce roman au sein de ton oeuvre  ?

J’avais depuis longtemps l’envie de me frotter à la réécriture d’un mythe. Les mythes ne sont pas seulement des récits, des légendes qu’on racontait dans les veillées pour se distraire. Ils prétendent expliquer le monde. Même lorsqu’ils se bornent à n’en dévoiler que certains pans, ils répondent à une ambition totalisante, et ce quand bien même ils suscitent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. C’est précisément cette tension entre une intention affichée et son inachèvement qui m’intéresse, car elle permet au mythe d’évoluer et d’être réinterprété à chaque génération. Réécrire un mythe, ce n’est pas en effet se contenter d’en moderniser la narration, c’est investir dans une tradition les préoccupations d’une époque ou un questionnement personnel. Faire comme si l’intention première avait été de revêtir ce questionnement d’une dimension universelle. Sans doute est-ce pour cette raison que, alors que le contexte du règne de Graelent est connu, j’ai estompé toute référence historique précise afin de rester dans l’intemporalité. 

Dans le même souci, j’ai opté pour une écriture qui fait une large place à l’oralité (rythme, scansion, assonances…) C’est sans doute le texte que, de ce point de vue, j’ai le plus travaillé. Avec comme souci bien sûr que ce travail ne se ressente pas à la lecture.

  • Les mythes celtes sont ici mêlés à une atmosphère nordique. On pense bien entendu à Joan Kalman Stefansson. Comment t’es venu le cadre de ce roman ?

Je me suis appuyé sur deux mythes : celui, relativement récent, de la submersion d’Ys, et celui plus ancien de l’Île des Femmes. La forme la plus connue du premier, dans son souci moralisateur, n’insiste pas sur le début de l’histoire. Pourtant, il comporte un élément fondamental, sur lequel j’ai fondé mon intrigue. Gradlon est séduit par une femme-fée, de même que les marins qui abordent l’Île des Femmes le sont par ses habitantes, sans qu’ils s’étonnent de leur perpétuelle jeunesse. Par ces unions, le premier comme les seconds franchissent une limite et scellent leur sort quand bien même ils n’osent pas aller jusqu’au bout et veulent revenir en arrière. Alors que l’Île des Femmes n’est pas située (sinon qu’elle est bien sûr « au bord du monde »), Malven est clairement décrite comme une magicienne du Nord, région mystérieuse aux brumes inquiétantes, où la course du soleil et le rythme des saisons diffèrent. Un lieu où ce que l’on croyait solidement établi se révèle mouvant, comme est mouvant l’océan —  lequel est d’ailleurs un personnage à part entière du roman. Là se disloquent les certitudes de Graelent, étape nécessaire pour qu’il se pose les bonnes questions. 

  • Dans ce roman, tu développes toute une réflexion sur ce qu’est d’être homme, mais aussi sur les relations et le regard que l’on porte sur les autres. En quoi ces thèmes sont-ils importants pour toi, et à ce stade de ta carrière ?

Mon premier roman, Les Montagnes du Soleil, décrivait déjà la rencontre de trois communautés disparates dans un contexte post-apocalyptique. Le cycle de Lanmeur est fondé sur la confrontation de civilisations différentes. C’est dire que ce thème de l’altérité est récurrent dans mes romans. Dans le Kalevala, poème mythologique finnois, on trouve une formule qui résume parfaitement ma conviction tout en restant pour moi source d’une grande perplexité : « Semblable à toi, très différent ». Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’espèce humaine ? Et qu’est-ce qui fait de tel individu un Homme ? À propos de la nature humaine, Edgar Morin parlait de paradigme perdu. En fait je pense que la finalité de l’existence, pour autant qu’elle en ait une, est bien d’être devenu, au terme de sa course, un homme — avec cette difficulté qu’il faut commencer par cerner cette notion toujours fluctuante.

Et s’il fallait ajouter une difficulté supplémentaire à cette question déjà ardue, en quoi l’homme — aussi bien l’individu que l’espèce — participe-t-il d’une force qui détermine une bonne part de son comportement et dont il n’a pourtant pas une conscience claire, une force que l’on peut appeler l’élan vital ? 

  • Quelles sont tes prochaines dates de festival ou de rencontres en librairie ? Je serai présent les 26 et 27 septembre à Mérignac, pour le festival Hypermondes, le 3 octobre à Lille pour le Festival des Livres d’en-haut, le 16 octobre à la librairie Agora de Nogent-sur-Marne, le 22 octobre à Rennes à la librairie L’Astrolabe, du 29 au 31 octobre aux Utopiales de Nantes et le 15 novembre au salon des Essarts.

Je serai présent les 26 et 27 septembre à Mérignac, pour le festival Hypermondes, le 3 octobre à Lille pour le Festival des Livres d’en-haut, le 16 octobre à la librairie Agora de Nogent-sur-Marne, le 22 octobre à Rennes à la librairie L’Astrolabe, du 29 au 31 octobre aux Utopiales de Nantes et le 15 novembre au salon des Essarts.

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