Notre contrat

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Nous avions, dans nos engagements, promis qu’une attention toute particulière serait donnée aux auteur·ices qui signent chez Argyll. Ainsi, dans cette démarche, nous élaborons depuis quelques mois un nouveau type de contrat qui se veut là aussi nettement plus collaboratif et éthique que les standards de l’édition.

La relation éditeur·ices / auteur·ices est souvent vue comme problématique car elle est source de déséquilibre et de coercition. Qu’est-ce qu’un rapport de travail sain sinon un apport mutuel équilibré entre deux parties qui collaborent ? Ainsi, à partir de ce constat, il nous paraissait évident que les contraintes canoniques des contrats institutionnels devenaient obsolètes car relevant plus d’une position de force d’une partie (la maison d’édition) que du réel rapport collaboratif qui devrait être à la base de tous les rapports entre éditeur·ices et auteur·ices.

Nous ne prétendons pas révolutionner quoi que ce soit, nous voulons simplement aider à inverser la tendance de ces rapports. L’auteur·ice choisi·e, c’est elle ou lui qui dispose de la matière première, laquelle sera exploitée par une entreprise éditoriale qui va bénéficier de cette matière ; sans elle, rien n’est possible. S’il est une constante dans l’équation de l’univers éditorial, c’est bien celle-ci.

Que faire, donc, pour normaliser au mieux ces rapports ? C’est ici qu’intervient notre idée d’un contrat réellement collaboratif, lequel, dans sa forme actuelle, a été validé par une avocate spécialisée.

Tout d’abord, le contrat propose à l’auteur·ice de cocher ce qu’iel souhaite et ne souhaite pas parmi les propositions qui sont faites dans les divers articles. Pour les droits annexes, toutefois, comme les droits d’adaptations audiovisuels, notez qu’ils ne figurent pas dans le contrat et ne seront traités que par d’éventuels avenants. Ainsi, à chaque étape de la vie du livre, le dialogue entre les deux parties peut se nouer, se renouer ou même se dénouer. Nous avons d’ailleurs instauré une clause de rencontre, pour pouvoir faire des bilans avec les auteur·ices.

Nous n’utiliserons pas, non plus, d’à-valoir qui implique bien trop souvent une notion de dette envers l’éditeur·ice. Dans l’éventualité que l’auteur·ice ne vend pas assez, il ne « doit rien », n’a rien à « rembourser », il n’est pas placé en position de faiblesse. L’éditeur·ice est le seul débiteur de l’auteur·ice. L’éditeur·ice choisit le texte, c’est donc à elle ou lui d’assumer les cas de méventes, sans renvoyer le négatif vers l’auteur, par culpabilisation implicite.

De ce fait, nous pratiquerons un forfait, une « prime d’inédit » qui est donc un acquis de l’auteur à signature. Ainsi, l’auteur touchera de l’argent dès le premier exemplaire vendu. Par ailleurs, nous nous engageons à pratiquer des pourcentages les plus décents possibles. 12% nous semblait le minimum de départ et c’est bien celui-ci que nous inscrivons dans le contrat. Il sera en édition numérique de 25% pour les ventes indirectes et de 50% en cas de vente directe.

Tous ces points ne sont que quelques exemples essentiels de ce contrat qui sera mis à disposition sur notre site internet, gratuitement, en toute transparence, et en libre accès pour les auteur·ices et même pour les éditeur·ices qui souhaiteraient l’utiliser, voire l’améliorer encore. Nous ne le considérons pas comme notre propriété. Nous ne considérons pas non plus que nous avons forcément raison, ou que notre contrat est le meilleur, nous pensons qu’il est une opportunités pour celles et ceux qui le souhaitent, éditeur·ices intéressé·es par des changements d’évaluer leurs propres besoins. En réalité, notre approche est celle de développer une réelle pédagogie autour du circuit du livre. Montrer que quelque chose est possible et même disponible et viable, c’est aller dans le sens de cette pédagogie et de la transversalité possible entre les différents acteurs du circuit qui misent sur l’interrelation, la communication, la collaboration, et non sur un rapport de domination.

Autres points clé : une rémunération deux fois l’an. Ce n’est, souvent pas le cas dans le domaine de l’édition, qui rend les comptes une fois par an seulement. Un système souvent perçu comme difficile car il ne permet pas à l’auteur·ice d’avoir des revenus régulièrement. La régularité des paiements a, pour nous, également une portée symbolique. Dans notre société, être rémunéré régulièrement pour son travail est perçu comme vertueux car il implique une masse de travail régulier traduit en une somme. Or, être payé une fois par an tend à ancrer dans l’esprit qu’un travail d’auteur·ice n’est qu’un travail ponctuel et donc accessoire. Ainsi, la masse de travail est déportée, symboliquement, en un seul bloc, laissant croire que l’auteur·ice ne fournit pas un travail régulier et massif et que, donc, être auteur·ice n’est pas un vrai travail. Si ce n’est un vrai travail, à quoi bon rémunérer correctement ? Voilà un schéma de pensée qui se doit d’être renversé par des avancées notoires dans le circuit de l’édition. Si les auteur·ices perçoivent naturellement cette injustice, et font tout pour l’éliminer, c’est donc à l’éditeur·ice, désormais, de faire les efforts nécessaire à l’évolution de ces schémas de pensée. Notre contrat espère aller dans ce sens, celui d’une déconstruction de ces schémas. Bien entendu, il est largement perfectible et c’est pourquoi nous souhaitons le diffuser largement, et le laisser à la libre dispositions de celleux qui voudraient d’abord l’utiliser puis même l’améliorer.

Autre petite caractéristique du contrat : l’éditeur·ice communique la liste des services de presse pendant la période de lancement, et communique les chiffres de mise en place. On le sait, le flou est l’ami du circuit éditorial. Les chiffres sont comme tabous. Y compris les chiffres intermédiaires, qui ne préjugent ni ne prédisent aucunement des ventes à venir, ni en bien, ni en mal. Ce défaut de transparence, souvent mis sur le compte de “manque de temps” mais qui en réalité dénote surtout une sorte de désintérêt pour l’interrelation, est à gommer au maximum. C’est pour cela que de notre côté, nous nous engageons à mieux communiquer sur ces aspects, car l’auteur·ice se doit, autant que possible, d’être intégré aux processus de base qui impliquent la circulation et la vie de son oeuvre. Plus de transparence, c’est le début d’une relation plus saine, plus collaborative. Et si cette collaboration est réellement bien définie dès le départ, les risques de confusions ou d’incompréhension mutuelle peuvent d’autant s’amenuiser.

Notre but donc, à plus ou moins court terme, de pouvoir réussir à mettre en place un outil de suivi quotidien ou hebdomadaire qui permettrait aux auteur·ices de suivre au plus près la vie de leurs livres.

Pour résumer : Un nouveau contrat, que nous souhaitons meilleur, pour une lecture plus éthique, disponible en ligne. Un auteur·ice plus serein·e, c’est une chaîne du livre plus saine. Du moins, c’est notre avis !

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